Après la fermeture, à la fin des années 70, des hôpitaux psychiatriques italiens, on découvre dans l’asile déserté de San Girolamo, à Volterra, des milliers de lettres de patients (1900-1980) oubliées, retenues, censurées par l’administration.
Patrick Faugeras, psychanalyste gardois, traduira et présentera une centaine de ces courriers dans un livre intitulé LETTRES MORTES, invitant le lecteur à se reconnaître avec lui «destinataire» de ces messages jamais transmis.
Après une première lecture publique, nous sentant à notre tour dépositaires de la mise en circulation de cette parole interceptée afin « que se déploient ses multiples adresses (2) , voulant être présents pour relayer ces existences déniées, dont l’histoire de leurs missives est l’image dramatique, nous empoignons notre papier à lettres et nos voix, en manière de réponse !
Un texte Triangle, où le messager tente de sublimer le duel perdu auteur-destinataire Triangle où se côtoient deux « joueurs de jokari » confrontés à la stupeur élastique du langage de l’Autre. Triangle du je te dis, où la mémorisation des lettres par les comédiens devient un symbole aigu.
Rencontre humaine, connivence avec ces étrangers si proches -tant l’aliénation est affaire intérieure-, lieu d’apostrophe et de méditation sur l’adresse et le désir -qui n’advient qu’insatisfait-, les réponses posthumes aux internés de Volterra ne sont peut-être que de nouveaux appels se débattant avec une censure autre qu’administrative, à l’œuvre dans la langue, et que la poésie tente d’outrepasser.
A Vittorio, Fiorella et les autres, Trois grives rôties de Parmira
…pour toutes les fois où je n’ai pas répondu.
François Philipponnat
(1) Extrait de la lettre de Gabriello Caseri à sa femme, hiver 1908. (2) P. Faugeras in LETTRES MORTES. Editions Encre & lumière
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